Cette croix sommitale en fonte ajourée est typique des chapelles rurales et des édifices de dévotion locale. Ses bras horizontaux et verticaux se terminent par des extrémités trilobées, motif décoratif évoquant symboliquement la Trinité. Le noyau central ajouré est composé de volutes et d’entrelacs moulés. Le fût inférieur, également ornementé, intègre un motif ajouré vertical assurant la transition entre la croix proprement dite et son système de fixation. La perception inhabituelle de la croix, observée ici par l’arrière, est liée à l’orientation du bâtiment par rapport au point d’observation. La croix est en effet installée dans le sens liturgique correct, seule sa face principale non décorée étant visible depuis ce point de vue. Son implantation sur le pignon, et non sur un clocher, confirme le caractère modeste de l’édifice. Le petit dôme abritant la statue de la Vierge est surmonté d’un ornement sommital de forme élancée. Ce motif, évoquant une flamme stylisée ou un bouton floral fermé, peut être interprété sur le plan symbolique comme une représentation de la flamme spirituelle. Il peut également être rapproché du registre marial du lys, symbole traditionnel de pureté et de l’Immaculée Conception, fréquemment associé à la Vierge dans l’iconographie chrétienne. Ce type d’ornement est caractéristique des édicules religieux et des petites chapelles rurales édifiées ou remaniées à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, période marquée par un renouveau des pratiques dévotionnelles et par l’essor des chapelles de pèlerinage et de dévotion locale. La présence de la Vierge sous le petit clocheton constitue l’élément symbolique le plus significatif de l’édifice. La statue est placée dans une niche ouverte, surmontée d’un clocheton-campanile de faible dimension. Il s’agit clairement d’un édifice dédié à la Vierge. La figure mariale apparaît ici comme protectrice du lieu, visible depuis l’extérieur, associée à une fonction votive et probablement funéraire. Le clocheton accueillait auparavant une cloche de chapelle, utilisée lors des prières, des enterrements ou à l’occasion d’usages ponctuels tels que les processions et les dévotions locales. L’architecture générale repose sur une maçonnerie traditionnelle en pierre locale enduite, associée à une couverture en tuiles plates. Le lieu-dit des Granges, alias l’Âge-Sainte-Marie, possédait une chapelle dès 1643, alors mentionnée sous les noms d’Arenum puis Hoeremus, correspondant à l’habitation d’un ermite. Ce lieu était placé sous l’invocation de la Sainte Vierge. Une cloche fut prélevée à la chapelle de l’Hermitage en vertu de la loi du 6 août 1791. L’édifice ne relève donc pas d’une construction néogothique « neuve » du XIXe siècle, mais correspond à un bâtiment plus ancien, du XVIIe siècle, ayant fait l’objet d’adaptations et de reprises successives. La chronologie la plus probable peut ainsi être proposée : construction initiale au XVIIe siècle, avec des remaniements aux XVIIIe et XIXe siècles. Cette hypothèse repose sur plusieurs arguments concordants : typologie mariale rurale, présence d’un clocheton modeste, installation d’une croix sommitale en fonte industrielle et existence attestée de sépultures. L’association entre chapelle et inhumations présente en effet une forte cohérence historique. La chapelle a servi de lieu de sépulture privilégié pour certaines familles ou correspond à un usage antérieur à la normalisation stricte des cimetières paroissiaux. Ce schéma est caractéristique de nombreuses petites chapelles funéraires ou semi-funéraires du Limousin.
Propriété privée.
Source : André Lecler dictionnaire de la Creuse, Sylvie et Richard Rimbert, Claude Royère