Cet édifice conserve deux linteaux en pierre sculptée, placés au-dessus d’ouvertures distinctes. Ces éléments présentent des décors symboliques différents mais complémentaires, suggérant une volonté décorative et idéologique affirmée de la part du commanditaire ou des occupants. Les pierres sont en granit local, matériau traditionnel de l’architecture creusoise, et semblent soit en réemploi, soit intégrées lors d’une phase de remaniement du bâti.
Linteau n°1 : décor symbolique à étoile. L’étoile est inscrite sous un arc en plein cintre gravé, évoquant un arc de décharge stylisé. L’ensemble est sculpté en faible relief. Motif principal : le motif correspond à une étoile à cinq branches (pentagramme), symbole ancien. Dans le contexte architectural et chronologique supposé, plusieurs interprétations peuvent être envisagées : symbole de protection : le pentagramme est fréquemment employé, dès le Moyen Âge, comme signe apotropaïque, destiné à protéger l’habitation. Avant ses réinterprétations modernes, l’étoile à cinq branches pouvait évoquer les cinq plaies du Christ ou encore l’étoile guidant les fidèles. Ce type de motif est attesté dans l’architecture domestique des XVIIe et XVIIIe siècles, notamment sur des linteaux, cheminées. La proximité immédiate de l’église Saint-Sauveur n’exclut pas un usage protecteur ou symbolique, à la frontière du religieux et du profane.
Linteau n°2 : décor maçonnique à équerre et compas. Ce linteau présente un décor central sculpté en léger relief, composé d’une équerre et d’un compas entrecroisés, accompagnés d’un losange central. Le symbole de l’équerre et du compas constitue l’un des emblèmes les plus caractéristiques de la franc-maçonnerie. L’absence de la lettre « G » n’est pas inhabituelle, notamment en France aux XVIIIe et début du XIXe siècles. Le losange central peut être interprété comme : une évocation symbolique de la pierre parfaite, un motif d’équilibre et d’harmonie, ou un simple élément géométrique porteur de sens initiatique. Ce linteau indique très vraisemblablement que l’un des propriétaires, occupants ou commanditaires était membre d’une loge maçonnique, ou du moins particulièrement sensible à cette symbolique. L’association, sur un même édifice, d’un symbole protecteur ancien (pentagramme) et d’un emblème maçonnique explicite traduit une double identité spirituelle et sociale, visible dans l’ornementation domestique. Linteau maçonnique : fin du XVIIIe siècle première moitié du XIXe siècle
Source : Claude Royère